Trouver du sens à sa vie, au coeur de la thérapie existentielle

2 vues

Caspar David Friedrich - Wanderer above the sea of fog

Absence de sens - vie

Ce dernier article clôt la série des 4 enjeux fondamentaux selon la thérapie existentielle*, exposée par Irvin Yalom **. La mort, la solitude, la liberté et l’absence de sens sont des enjeux universels que nous traversons tous et qui génèrent profondément de l’angoisse. Pour y faire face, nous déployons des mécanismes de défense psychologiques, mais ces derniers altèrent notre croissance et nous limitent.

Je vais vous présenter ici la question de l’absence de sens dans la vie et comment ce besoin humain, quand il est réfléchi et trouvé, nous aide à traverser la vie et à l’enrichir, à nous déployer et nous engager, répondre à notre mission.

Les sens de la vie : comment les trouver ?

Pour Viktor Frankl, théoricien de la logothérapie (accompagnement thérapeutique permettant de trouver un sens à sa vie), l’absence de sens constitue le stress existentiel majeur. Une vie sans sens, ni objectifs, valeurs ou idéaux, provoque un état de détresse absolu, pouvant, dans le pire des cas, amener la personne au suicide.

Le sens de la vie sur le plan cosmique :

C’est-à-dire comment la vie s’intègre à un schéma général cohérent. Il implique l’existence d’un dessein extérieur et supérieur au sujet (ordre magique ou spirituel de l’univers). Irvin Yalom illustre cette vision cosmique avec plusieurs positionnements :

  • Pour la tradition judéo-chrétienne, le monde et la vie humaine concourent d’un plan divin. 
  • Pour Carl Gustav Jung (psychiatre suisse, contemporain de Freud), l’individu ne peut être guéri ni trouver du sens, à moins de retrouver une perspective religieuse. L’être humain achève le travail de la création divine, y appose le sceau de la perfection.
  • Pour Pierre Teilhard de Chardin (prêtre, théologien et philosophe), chaque individu, en jouant un rôle dans l’entreprise partagée, acquiert un sens personnel à sa vie. Il existe une entrée commune à une sphère surhumaine. « Les portes de l’Avenir (…) ne céderont qu’à une poussée de tous ensemble, dans une direction où tous ensemble peuvent se rejoindre et s’achever dans une rénovation spirituelle de la Terre. »

Le sens de ma vie sur le plan temporel :

En trouvant un sens à ma vie, j’envisage une finalité ou une fonction qu’il s’agit de remplir avec des objectifs que je me fixe. Ce sens possède des fondements terrestres sans recourir à un phare extérieur. L’être humain peut trouver un sentiment de finalité dans plusieurs activités :

  • L’altruisme : en se mettant au service des autres, rendre le monde meilleur pour les autres, pratiquer la charité.
  • Le dévouement à une cause qui ne s’achèvera pas avec la mort de la personne : la famille, l’État, une cause politique ou religieuse, une entreprise scientifique… elle doit « élever l’individu en dehors de lui-même et faire de lui une pièce collaborant à un schéma plus vaste ».
  • La créativité : le chemin de la créativité n’est pas réservé à l’artiste mais peut habiter la totalité de la vie (une approche créative de l’enseignement, la cuisine, les jeux, les études, le jardinage… ajoute du prix à la vie).
  • L’hédonisme : le but consistant à vivre pleinement, à s’immerger dans le miracle de la vie, rechercher du plaisir dans le sens le plus profond possible.
  • L’actualisation de soi : Les humains devraient parvenir à la réalisation de leur être. Dans le monde séculier contemporain, l’actualisation de soi s’intègre à un cadre de référence humaniste et individualiste. Pour Abraham Maslow, l’être humain est poussé à chercher une plénitude de l’Etre toujours plus grande (vers les valeurs positives, la sérénité, la bonté, le courage, l’honnêteté, l’amour, l’altruisme) ; pour lui, nous vivons pour réaliser notre potentiel. Les valeurs sur lesquelles fonder notre vie sont intégrées à l’organisme et il est possible de les découvrir de manière intuitive en faisant confiance à la sagesse de l’organisme humain.

Trouver du sens par l’auto-transcendance 

Des auteurs comme le philosophe Martin Buber ou Viktor Emil Frankl ont mis en lumière la valeur de la transcendance de soi, c’est-à-dire, d’aller au-delà de son bien propre, transcender son propre intérêt et se tourner vers quelque chose ou quelqu’un en dehors ou "au-dessus" de soi.

L’individu commence par lui-même pour ensuite s’oublier et s’immerger dans le monde ; il cherche à se comprendre dans le but de ne plus être focalisé sur lui-même. Là où l’hédonisme et l’actualisation de soi sont tournés vers le soi, vers le self uniquement.

Frankl exprime de fortes réserves envers l’importance accordée à l’actualisation de soi.
Je le cite (dans "Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie") :

"En disant que l’homme est responsable de réaliser son but dans la vie, je désire souligner qu’il doit le chercher à l’extérieur plutôt qu’en lui-même ou dans sa psyché, comme si c’était un système fermé. J’ai appelé cette caractéristique de la logothérapie l’autotranscendance de l’existence humaine. Elle sous-entend que la vie de l’être humain est toujours dirigée vers quelque chose ou quelqu’un d’autre que soi-même, qu’il s’agisse d’un but à atteindre, ou d’un être humain à connaître et à aimer. Plus on s’oublie soi-même – en se consacrant à une cause ou à une personne que l’on aime – plus on est humain, et plus on se réalise. Ce que l’on appelle l’actualisation de soi n’est pas un but à atteindre, pour la simple raison qu’à faire trop d’efforts on risque de ne pas y parvenir. L’actualisation de soi n’est possible que comme effet secondaire de la transcendance de soi".

Les dangers d’une posture non transcendante sont manifestes dans les relations interpersonnelles. Il explique que plus la personne se focalise sur elle-même – et il donne l’exemple des relations sexuelles - plus le plaisir ultime est faible pour elle. L’idéalisation actuelle de l’expression de soi, lorsqu’elle devient une fin en soi, rend impossible toute relation signifiante.

C’est-à-dire qu’une relation aimante ne se développe pas par l’expression de soi, mais par le fait de sortir de soi, grâce au lien à l’autre et par la sollicitude éprouvée pour l’autre.

En conclusion, nous avons tous besoin de trouver du sens à ce que nous vivons, et les activités de vie pour en trouver ne s’excluent pas l’une l’autre ; nous pouvons tout à fait trouver du sens grâce à plusieurs d’entre elles. Une évolution progressive du sens se produit au fil de la vie et l’altruisme et d’autres formes de transcendance de soi augmentent avec l’âge. J’aime particulièrement cette idée de mieux se connaître pour ensuite s’oublier et s’immerger dans le monde, se réaliser en dépassant sa propre personne et ses propres intérêts.

Retrouvez les autres enjeux (libertésolitude, mort) dans d'autres articles.

*Cet article est un résumé très inspiré du chapitre du livre d'Irvin Yalom concernant l'absence de sens.

**Ecrivain américain, professeur émérite en psychiatrie, existentialiste et psychothérapeute.


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Intégrer le concept de mort pour enrichir notre vie

Intégrer le concept de mort pour enrichir notre vie

La thérapie existentielle face à la liberté

Que faisons-nous de notre liberté ?

Catégories