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La peur de l'abandon, comment l'appréhender ?

30 Août 2022 Constance Latourrette Psychothérapie

peur abandon

Le sentiment ou la blessure d’abandon est un thème qui revient très souvent en psychothérapie, qui nous touche tous, plus ou moins fortement. Les personnes qui consultent à ce sujet m’avouent qu’elles se sentent très dépendantes de leur partenaire et qu’elles imaginent souvent des scénarios dans lequel l’autre va partir, les laisser, trouver mieux, en particulier à l’occasion de conflits. Elles recherchent l’entente parfaite pour ne pas risquer de perdre l’autre. Relation houleuse peut signifier pour elles danger de rupture qui résonne avec sentiment d'abandon et de solitude inacceptable. Cela est bien souvent lié à des vécus d’enfance, des ressentis de risque d’abandon, de crainte de perte de l’amour des parents…

Comment l’adulte que nous sommes devenu peut-il appréhender cette angoisse ?

L’histoire d’une femme dépendante à l’extrême

Ce qui me surprend dès la première séance, c’est sa voix et sa gestuelle de petite fille ; si je ferme les yeux, j’ai l’impression d'être face à une enfant de 4 ans. Elle semble très gênée, ses joues rosissent lorsqu’elle s’exprime, elle bouge sur sa chaise et semble tricoter et détricoter avec ses doigts. Elle se plaint de crises d’angoisses, de pleurs incontrôlables et d’un sentiment d’abandon permanent. "Je suis très sensible, je pleure beaucoup, et quand je suis seule, j’ai l’impression d’être abandonnée par tout le monde". En creusant son histoire, elle remet des mots sur une période traumatisante de sa vie, où, à 4 ans, elle a été hospitalisée pour anorexie mentale et a passé plusieurs mois sans ses parents. Aujourd’hui, elle mange comme un bébé puis se fait vomir dès que le sentiment d’abandon la gagne, et que se rejoue son traumatisme dans sa vie d’adulte. Elle est très lucide sur son état et m’explique : "en étant petite fille, on va s’occuper de moi ! J’ai envie de faire comme les petits, je vis une régression". Elle déplore avoir manqué de câlins, d’histoires, d’attentions. Aujourd’hui, elle a choisi comme métier de garder des jeunes enfants. Une manière de vivre à leur contact, un monde où elle aime se réfugier. Elle entretient une relation très fusionnelle à ses parents ; sa mère et elle s’appellent deux fois par jour. Elle a besoin d’être en lien permanent sinon elle se sent triste. Elle vit dans la crainte que son compagnon ne revienne pas quand il part au travail. Elle finit la séance par un gros soupir : "je voudrais enlever cette petite fille en moi, devenir adulte, calmer mes angoisses…".

Ces personnes qui souffrent de la peur de l’abandon

Il peut y avoir plusieurs mécanismes de défense qui sont mis en place pour contourner cette peur archaïque de l’abandon. J’en développe ici quelques-uns. Très tôt, nous vivons cette angoisse. Le nourrisson puis l’enfant dépend totalement des autres pour survivre. En ce sens, il recherche en permanence la fusion, l’attention, l’amour, la présence de l’autre.

Nous avons évoqué cette femme qui entre en dépendance absolue à l’autre pour que l’on s’occupe d’elle, ce qui d’ailleurs augmente son angoisse d’être abandonnée puisqu’elle compte entièrement sur l’autre et pense que sa vie en dépend. Une autre femme témoignait qu’elle avait l’impression que son compagnon représentait sa bouteille d’oxygène pour vivre. Elle ne se doutait pas encore de ses propres capacités à mener sa vie sans dépendre totalement d’un autre.

A l’inverse, certaines personnes, souvent des hommes, se blindent par peur d’être abandonnés (inconsciemment) et deviennent paradoxalement très solitaires. Se convainquant de n’avoir besoin de personne et fuyant les relations trop intimes, elles restent distantes, ne s’ancrent jamais dans une relation et ne prennent surtout pas le risque de s’attacher à quelqu’un. Ce serait trop dangereux pour elles, car l’autre risque de s’échapper, de les abandonner. En couple, elles ont tendance à rompre avant d’être quittées.

D’autres personnes ont la tentation d’enchaîner des relations successives, ou d’entrer dans des addictions, juste pour ne pas ressentir la solitude, ne jamais se retrouver seules. Solitude rime avec sentiment d’abandon pour elles. Comme l’écrit Pierre Mellot : "La peur de la solitude se cache derrière et motive des addictions (jeux vidéo, sport intensif, drogue, masturbation, pornographie…) ; ce sont de faux refuges qui enferment ".  

Comment appréhender cette angoisse de l’abandon ?

La patiente a exprimé le mot juste : devenir adulte. Devenir adulte, c’est parvenir à calmer l’angoisse de l’enfant en nous qui s’exprime parfois très violemment et prend le contrôle à notre insu. Notre survie n'est plus en jeu. C’est essayer de faire des liens avec notre enfance, nos ressentis face aux événements, aux relations avec les parents, aux manques affectifs, aux sentiments d’abandon, pour nous libérer de ce qui nous maintient dans cette frayeur qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui et ainsi remettre de l’ordre en nous-mêmes. C'est réussir à se séparer psychiquement, physiquement de nos parents, c'est ne plus considérer les autres comme notre possession pour nous rassurer mais comme des êtres libres avec qui nous pouvons entrer en relation sans les enfermer.

En thérapie, nous évoquons toujours les enfants intérieurs des personnes en souffrance, et en général, les émotions remontent à ce moment-là. Le travail pour devenir adulte, c’est bien d’accompagner notre enfant intérieur qui est tétanisé à l’idée d’être abandonné, afin qu’il puisse compter sur l’adulte que nous sommes devenus pour ne plus en avoir peur et pour ne plus confondre notre partenaire ou nos proches avec la personne dont nous dépendions vraiment, enfant. Devenir adulte, c’est aussi accepter positivement notre solitude fondamentale, et même en l’apprivoisant, trouver en nous nos ressources pour vivre, non dans la dépendance à l’autre par besoin vital, mais dans une saine dépendance équilibrée, puisque nous sommes des êtres de relation et ne pouvons pas vivre que par et pour nous-mêmes.


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